Mais Jeanne vit autre chose dans ce dédain que le dédain lui-même, car elle ne perdit pas l'espoir de convaincre la reine, et après un long examen:
—Monsieur le joaillier avait raison, dit-elle; il n'y a au monde qu'une reine digne de porter ce collier, c'est Votre Majesté.
—Cependant, Ma Majesté ne le portera pas, répliqua Marie-Antoinette.
—Nous n'avons pas dû le laisser sortir de France, madame, sans venir déposer aux pieds de Votre Majesté tous nos regrets. C'est un joyau que toute l'Europe connaît maintenant et qu'on se dispute. Que telle ou telle souveraine s'en pare au refus de la reine de France, notre orgueil national le permettra, quand vous, madame, vous aurez encore une fois, définitivement, irrévocablement refusé.
—Mon refus a été prononcé, répondit la reine. Il a été public. On m'a trop louée pour que je m'en repente.
—Oh! madame, dit Bœhmer, si le peuple a trouvé beau que Votre Majesté préférât un vaisseau à un collier, la noblesse, qui est française aussi, n'aurait pas trouvé surprenant que la reine de France achetât un collier après avoir acheté un vaisseau.
—Ne parlons plus de cela, fit Marie-Antoinette en jetant un dernier regard à l'écrin.
Jeanne soupira, pour aider le soupir de la reine.
—Ah! vous soupirez, vous, comtesse. Si vous étiez à ma place, vous feriez comme moi.
—Je ne sais pas, murmura Jeanne.