Puis, hasardant sa tête par une portière, il plongea ses regards dans la rue Dauphine.
Beausire n'était pas sans quelque habitude des gens de police: il avait passé dix ans à tâcher de les reconnaître pour les éviter en temps et lieu.
Il remarqua sur la descente du pont, du côté de la rue Dauphine, deux hommes espacés qui tendaient leurs cols vers cette rue pour y considérer un spectacle quelconque.
Ces hommes étaient des espions. Voir des espions sur le Pont-Neuf, ce n'était pas rare, puisque le proverbe dit à cette époque que pour voir en tout temps un prélat, une fille de joie et un cheval blanc, il n'est rien tel que de passer sur le Pont-Neuf.
Or, les chevaux blancs, les habits de prêtres et les filles de joie ont toujours été des points de mire pour les hommes de police.
Beausire ne fut que contrarié, que gêné; il se fit tout bossu, tout clopinant, pour déguiser sa démarche, et coupant la foule, il gagna la rue Dauphine.
Nulle trace de ce qu'il redoutait pour lui. Il apercevait déjà la maison aux fenêtres de laquelle se montrait souvent la belle Oliva, son étoile.
Les fenêtres étaient fermées; sans doute elle reposait sur le sofa ou lisait quelque mauvais livre, ou croquait quelque friandise.
Soudain Beausire crut voir un hoqueton de soldat du guet dans l'allée en face.
Bien plus, il en vit un paraître à la croisée du petit salon.