Le pauvre Beausire, aux abois, moralement et physiquement, se jeta dans la rue des Fossés-Monsieur-le-Prince, gagna le Luxembourg, traversa le quartier déjà désert, et parvint hors barrière à se réfugier dans un petit cabinet dont l'hôtesse avait pour lui toutes sortes d'égards.
Il s'installa dans ce bouge, cacha ses billets sous un carreau de la chambre, appuya sur ce carreau le pied de son lit, et se coucha, suant et pestant, mais entremêlant ses blasphèmes de remerciements à Mercure, ses nausées fiévreuses d'une infusion de vin sucré avec de la cannelle, breuvage tout à fait propre à ranimer la transpiration à la peau et la confiance au cœur.
Il était sûr que la police ne le trouverait plus. Il était sûr que nul ne le dépouillerait de son argent.
Il était sûr que Nicole, fût-elle arrêtée, n'était coupable d'aucun crime, et que le temps se passait des éternelles réclusions sans motif.
Il était sûr enfin que les cent mille livres lui serviraient même à arracher de la prison, si on la retenait, Oliva, sa compagne inséparable.
Restaient les compagnons de l'ambassade; avec eux le compte était plus difficile à régler.
Mais Beausire avait prévu les chicanes. Il les laissait tous en France, et partait pour la Suisse, pays libre et moral, aussitôt que mademoiselle Oliva se serait trouvée libre.
Rien de tout ce que méditait Beausire, en buvant son vin chaud, ne succéda selon ses prévisions: c'était écrit.
L'homme a presque toujours le tort de se figurer qu'il voit les choses quand il ne les voit pas; il a plus tort encore de se figurer qu'il ne les a pas vues quand réellement il les a vues.
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