—Oh! n'entrez pas, madame! fit vivement l'autre femme; laissez-moi.

—La rue Saint-Claude, mes mignonnes dames, dit une voix enjouée, vous voulez savoir où est la rue Saint-Claude?

Les deux femmes se retournèrent en même temps, et d'un seul mouvement, dans la direction de la voix, et elles virent, debout et appuyé à la porte du boulanger, un geindre[1] affublé de sa jaquette, et les jambes et la poitrine découvertes, malgré le froid glacial qu'il faisait.

—Oh! un homme nu! s'écria la plus jeune des deux femmes. Sommes nous donc en Océanie?

Et elle fit un pas en arrière et se cacha derrière sa compagne.

—Vous cherchez la rue Saint-Claude? poursuivit le mitron qui ne comprenait rien au mouvement qu'avait fait la plus jeune des deux dames, et qui, habitué à son costume, était loin de lui attribuer la force centrifuge dont nous venons de voir le résultat.

—Oui, mon ami, la rue Saint-Claude, répondit l'aînée des deux femmes, en comprimant elle-même une forte envie de rire.

—Oh! ce n'est pas difficile à trouver, et, d'ailleurs, je vais vous y conduire, reprit le joyeux garçon enfariné, qui, joignant le fait à la parole, se mit à déployer le compas de ses immenses jambes maigres, au bout desquelles s'emmanchaient deux savates larges comme des bateaux.

—Non pas! non pas! dit l'aînée des deux femmes, qui ne se souciait sans doute pas d'être rencontrée avec un pareil guide; indiquez-nous la rue, sans vous déranger, et nous tâcherons de suivre votre indication.

—Première rue à droite, madame, répondit le guide en se retirant avec discrétion.