Jeanne, satisfaite de l'effet qu'elle avait produit par l'art avec lequel elle avait conduit la période et amené son dénouement, Jeanne resta immobile, l'œil baissé, la main inerte.

L'aînée des deux dames l'examinait à la fois avec attention et intelligence, et ne voyant dans cette douleur, si simple et si naturelle à la fois, rien de ce qui caractérise le charlatanisme ou la vulgarité, elle reprit la parole:

—D'après ce que vous me dites, madame, vous avez éprouvé de bien grands malheurs, et la mort de M. votre père, surtout...

—Oh! si je vous racontais ma vie, madame, vous verriez que la mort de mon père ne compte pas au nombre des plus grands.

—Comment, madame, vous regardez comme un moindre malheur la perte d'un père? dit la dame en fronçant le sourcil avec sévérité.

—Oui, madame; et en disant cela, je parle en fille pieuse. Car mon père, en mourant, s'est trouvé délivré de tous les maux qui l'assiégeaient sur cette terre et qui continuent d'assiéger sa malheureuse famille. J'éprouve donc, au milieu de la douleur que me cause sa perte, une certaine joie à songer que mon père est mort, et que le descendant des rois n'en est plus réduit à mendier son pain!

—Mendier son pain!

—Oh! je le dis sans honte, car, dans nos malheurs, il n'y a ni la faute de mon père, ni la mienne.

—Mais Mme votre mère?

—Eh bien! avec la même franchise que je vous disais tout à l'heure que je remerciais Dieu d'avoir appelé à lui mon père, je me plains à Dieu d'avoir laissé vivre ma mère.