—À qui donc?
—Monsieur de Rohan les a achetés.
La reine fit un bond, et, tout à coup refroidie:
—Ah! fit-elle.
—Tenez, madame, dit Jeanne avec une éloquence pleine de fougue et d'entraînement, ce que fait monsieur de Rohan est superbe; c'est un moment de générosité, de bon cœur; c'est un beau mouvement; une âme comme celle de Votre Majesté ne peut s'empêcher de sympathiser avec tout ce qui est bon et sensible. À peine monsieur de Rohan a-t-il su par moi, je l'avoue, la gêne momentanée de Votre Majesté:
«—Comment! s'est-il écrié, la reine de France se refuse ce que n'oserait se refuser une femme de fermier général? Comment! la reine peut s'exposer à voir un jour madame Necker parée de ces diamants?
«Monsieur de Rohan ignorait encore que l'ambassadeur de Portugal les eût marchandés. Je le lui appris. Son indignation redoubla.
«—Ce n'est plus, dit-il, une question de plaisir à faire à la reine, c'est une question de dignité royale. Je connais l'esprit des cours étrangères—vanité, ostentation—, on y rira de la reine de France, qui n'a plus d'argent pour satisfaire un goût légitime; et moi, je souffrirais qu'on raillât la reine de France! Non, jamais.
«Et il m'a quittée brusquement. Une heure après, je sus qu'il avait acheté les diamants.
—Quinze cent mille livres?