—Il l'est encore, madame, et c'est de l'argent vivant, ce collier.
—Dès à présent, il n'est plus qu'un tas de pierres pour moi. Les pierres, on en fait, quand on a joué avec elles, ce que font les enfants après la partie de marelle, on les jette, on les oublie.
—Que veut dire la reine?
—La reine veut dire, chère comtesse, que vous allez reprendre l'écrin apporté... par monsieur de Rohan... le reporter aux joailliers Bœhmer et Bossange.
—Le leur rendre?
—Précisément.
—Mais, madame, Votre Majesté a donné deux cent cinquante mille livres d'arrhes.
—C'est encore deux cent cinquante mille livres que je gagne, comtesse; me voilà d'accord avec les comptes du roi.
—Madame! madame! s'écria la comtesse, perdre ainsi un quart de million! Car il peut arriver que les joailliers fassent des difficultés pour rendre des fonds dont ils auraient disposé.
—J'y compte et leur abandonne les arrhes, à condition que le marché sera rompu. Depuis que j'entrevois ce but, comtesse, je me sens plus légère. Avec ce collier sont venus s'installer ici les soucis, les chagrins, les craintes, les soupçons. Jamais ces diamants n'auraient eu assez de feux pour sécher toutes les larmes que je sens peser en nuages sur moi. Comtesse, emportez-moi cet écrin tout de suite. Les joailliers font là une bonne affaire. Deux cent cinquante mille livres de pot-de-vin, c'est un bénéfice; c'est le bénéfice qu'ils faisaient sur moi, et, de plus, ils ont le collier. Je pense qu'ils ne se plaindront pas, et que nul n'en saura rien.