Monsieur de Rohan trouva Bœhmer dans sa maison du quai de l'école. Depuis le matin, échéance de ce premier terme, s'il y eût eu retard ou refus, l'alarme devait être au camp des joailliers.
Mais tout, au contraire, dans la maison de Bœhmer, respirait le calme, et monsieur de Rohan fut heureux de trouver bon visage aux valets, dos rond et queue frétillante au chien du logis. Bœhmer reçut son client illustre avec l'épanchement de la satisfaction.
—Eh bien! dit le premier, c'était aujourd'hui le terme du paiement. La reine a donc payé?
—Monseigneur, non, répondit Bœhmer. Sa Majesté n'a pu donner d'argent. Vous savez que monsieur de Calonne s'est vu refuser par le roi. Tout le monde en parle.
—Oui, tout le monde en parle, Bœhmer, et c'est justement ce refus qui m'amène.
—Mais, continua le joaillier, Sa Majesté est excellente et de bonne volonté. N'ayant pu payer, elle a garanti la dette, et nous n'en demandons pas davantage.
—Ah! tant mieux, s'écria le cardinal; garanti la dette, dites-vous? c'est très bien; mais... comment?
—De la façon la plus simple et la plus délicate, répliqua le joaillier, d'une façon toute royale.
—Par l'entremise de cette spirituelle comtesse, peut-être?
—Non, monseigneur, non. Madame de La Motte n'a pas même paru, et voilà ce qui nous a beaucoup flattés, monsieur Bossange et moi.