Enfin, Nicole arriva à se persuader que la dame aux belles nattes avait bien vu tous ses gestes, compris tous ses signaux, mais qu'elle les méprisait; qu'elle était vaine ou qu'elle était idiote. Idiote! avec des yeux si fins, si spirituels, avec un pied si mobile, une main si inquiète! Impossible.

Vaine, oui; vaine comme pouvait l'être à cette époque une femme de la grande noblesse envers une bourgeoise.

Oliva, démêlant dans la physionomie de la jeune femme tous les caractères de l'aristocratie, conclut qu'elle était orgueilleuse et impossible à émouvoir.

Elle renonça.

Tournant le dos avec une bouderie charmante, elle se remit au soleil, cette fois le soleil couchant, pour reprendre la société de ses fleurs, complaisantes compagnes qui, nobles aussi, élégantes aussi, poudrées aussi, coquettes aussi comme les plus grandes dames, se laissent cependant toucher, respirer, et rendent en parfum, en fraîcheur et en frissonnants contacts, le baiser d'ami ou le baiser d'amour.

Nicole ne réfléchissait pas que cette prétendue orgueilleuse était Jeanne de Valois, comtesse de La Motte, qui, depuis la veille, cherchait une idée.

Que cette idée avait pour but d'empêcher Marie-Antoinette et le cardinal de Rohan de se voir.

Qu'un intérêt plus grand encore exigeait que le cardinal, tout en ne voyant plus la reine dans le particulier, crût fermement qu'il la voyait toujours et que, par conséquent, il se contentât de cette vision et cessât de réclamer la vue réelle.

Idées graves, bien légitimes excuses de cette préoccupation d'une jeune femme à ne pas remuer la tête pendant deux mortelles heures.

Si Nicole eût su tout cela, elle ne se fût pas, de colère, réfugiée au milieu de ses fleurs.