—Eh bien! fit le cardinal, pâle de honte et de colère, allez dire à la reine que.... Non, ne lui dites rien. Assez de scandale comme cela. Mais demain... demain, entendez-vous, j'officie à la chapelle de Versailles; venez, vous me verrez m'approcher de la reine, lui parler, lui demander si elle n'a pas le collier en sa possession, et vous entendrez ce qu'elle répondra; si, en face de moi, elle nie... alors, messieurs, je suis Rohan, je paierai!
Et sur ces mots prononcés avec une grandeur dont la simple prose ne peut donner une idée, le prince congédia les deux associés qui partirent à reculons en se touchant le coude.
—À demain donc, balbutia Bœhmer, n'est-ce pas, monseigneur?
—À demain, onze heures du matin, à la chapelle de Versailles, répondit le cardinal.
[Chapitre LXXV]
[Escrime et diplomatie]
Le lendemain entrait à Versailles, vers dix heures, une voiture aux armes de monsieur de Breteuil.
Ceux des lecteurs de ce livre qui se rappellent l'histoire de Balsamo et de Gilbert n'auront pas oublié que monsieur de Breteuil, rival et ennemi personnel de monsieur de Rohan, guettait depuis longtemps toutes les occasions de porter un coup mortel à son ennemi.
La diplomatie est en ceci d'autant supérieure à l'escrime, que, dans cette dernière science, une riposte bonne ou mauvaise doit être fournie en une seconde, tandis que les diplomates ont quinze ans, plus s'il le faut, pour combiner le coup qu'ils rendent et le faire le plus mortel possible.