—Sire, c'est que je viens d'apprendre l'arrestation de monsieur le cardinal de Rohan.

—Eh bien! en quoi cette nouvelle, mon frère, peut-elle causer chez vous cette agitation? Est-ce que monsieur de Rohan ne vous paraît pas coupable? Est-ce que j'ai tort de frapper même le puissant?

—Tort? non pas, mon frère. Vous n'avez pas tort. Ce n'est pas cela que je veux dire.

—Il m'eût fort surpris, monsieur le comte de Provence, que vous donnassiez gain de cause, contre la reine, à l'homme qui cherche à la déshonorer. Je viens de voir la reine, mon frère, un mot d'elle a suffi....

—Oh! sire, à Dieu ne plaise que j'accuse la reine! vous le savez bien. Sa Majesté... ma sœur, n'a pas d'ami plus dévoué que moi. Combien de fois ne m'est-il pas arrivé de la défendre, au contraire, et ceci soit dit sans reproche, même contre vous?

—En vérité, mon frère, on l'accuse donc bien souvent?

—J'ai du malheur, sire; vous m'attaquez sur chacune de mes paroles.... Je voulais dire que la reine ne me croirait pas elle-même si je paraissais douter de son innocence.

—Alors, vous vous applaudissez avec moi de l'humiliation que je fais subir au cardinal, du procès qui va en résulter, du scandale qui va mettre un terme à toutes les calomnies qu'on n'oserait se permettre contre une simple femme de la cour, et dont chacun ose se faire l'écho, parce que la reine, dit-on, est au-dessus de ces misères?

—Oui, sire, j'approuve complètement la conduite de Votre Majesté, et je dis que tout est pour le mieux, quant à l'affaire du collier.

—Pardieu! mon frère, dit-il, rien de plus clair. Ne voit-on pas d'ici monsieur de Rohan se faisant gloire de la familière amitié de la reine, concluant, en son nom, un marché pour des diamants qu'elle a refusés, et laissant dire que ces diamants ont été pris par la reine ou chez la reine, c'est monstrueux, et, comme elle le disait: Que croirait-on, si j'avais eu monsieur de Rohan pour compère dans ce trafic mystérieux?