—Sire, je répète, et je répète avec une telle indignation que je pousserai Votre Majesté, j'en suis sûr, à découvrir la vérité.
—Comment, monsieur! on dit que la reine s'est promenée la nuit, en compagnie... dans le parc de Versailles!
—Pas en compagnie, sire, en tête à tête.... Oh! si l'on ne disait que compagnie, la chose ne vaudrait pas la peine que nous y prissions garde.
Le roi, éclatant tout à coup:
—Vous m'allez prouver que vous répétez, dit-il, et, pour cela, prouvez qu'on a dit.
—Oh! facilement, trop facilement, répondit monsieur de Provence. Il y a quatre témoignages: le premier est celui de mon capitaine des chasses, qui a vu la reine deux jours de suite, ou plutôt deux nuits de suite, sortir du parc de Versailles par la porte de la louveterie. Voici le titre: il est revêtu de sa signature. Lisez.
Le roi prit en tremblant le papier, le lut et le rendit à son frère.
—Vous en verrez, sire, un plus curieux; il est du garde de nuit qui veille à Trianon. Il déclare que la nuit a été bonne, qu'un coup de feu a été tiré, par des braconniers sans doute, dans le bois de Satory; que, quant aux parcs, ils ont été calmes, excepté le jour où Sa Majesté la reine y a fait une promenade avec un gentilhomme à qui elle donnait le bras. Voyez, le procès-verbal est explicite.
Le roi lut encore, frissonna et laissa tomber ses bras à son côté.
—Le troisième, continua imperturbablement monsieur le comte de Provence, est du suisse de la porte de l'Est. Cet homme a vu et reconnu la reine au moment où elle sortait par la porte de la louveterie. Il dit comment la reine était vêtue; voyez, sire; il dit aussi que de loin il n'a pu reconnaître le gentilhomme que Sa Majesté quittait, c'est écrit; mais qu'à sa tournure il l'a pris pour un officier. Ce procès-verbal est signé. Il ajoute une chose curieuse, à savoir, que la présence de la reine ne peut être révoquée en doute, parce que Sa Majesté était accompagnée de madame de La Motte, amie de la reine.