Le fait est qu'Olivier s'endormit, non sans avoir remercié le ciel de tout ce qui lui était arrivé, ou plutôt de ce qui ne lui était pas advenu de mal en des circonstances si graves.

La fièvre s'était emparée de lui, cette fièvre régénératrice merveilleuse de l'humanité, sève éternelle qui fleurit dans le sang de l'homme, et servant les desseins de Dieu, c'est-à-dire de l'humanité, fait germer la santé dans le malade, ou emporte le vivant au milieu de la santé.

Quand Olivier eut bien ruminé, avec cette ardeur des fiévreux, sa scène avec Philippe, sa scène avec la reine, sa scène avec le roi, il tomba dans un cercle terrible que le sang furieux vient jeter comme un filet sur l'intelligence.... Il délira.

Trois heures après, on eût pu l'entendre de la galerie où se promenaient quelques gardes; ce que remarquant le docteur, il appela son laquais et lui commanda de prendre Olivier dans ses bras. Olivier poussa quelques cris plaintifs.

—Roule-lui la couverture sur la tête.

—Et qu'en ferai-je? dit le valet. Il est trop lourd et se défend trop. Je vais demander assistance à l'un de messieurs les gardes.

—Vous êtes une poule mouillée, si vous avez peur d'un malade, dit le vieux docteur.

—Monsieur....

—Et si vous le trouvez trop lourd, c'est que vous n'êtes pas fort comme je l'avais cru. Je vous renverrai donc en Auvergne.

La menace fit son effet. Charny, criant, hurlant, délirant et gesticulant, fut enlevé comme une plume par l'Auvergnat à la vue des gardes du corps.