—En quoi la reine est-elle perdue, dit Philippe, parce que monsieur de Taverney l'a vue serrer le bras de monsieur de Charny, et lever au ciel des yeux humides de bonheur? En quoi la reine est-elle perdue, parce que je sais qu'elle vous aime? Oh! ce n'est pas une raison de sacrifier ma sœur, monsieur, et je ne la laisserai pas sacrifier.
—Monsieur, répondit Olivier, savez-vous pourquoi la reine est perdue si ce mariage ne se fait pas? C'est que ce matin même, tandis qu'on arrêtait monsieur de Rohan, le roi m'a surpris aux genoux de la reine.
—Mon Dieu!
—Et que la reine, interrogée par son roi jaloux, a répondu que je m'agenouillais pour lui demander la main de votre sœur. Voilà pourquoi, monsieur, si je n'épouse pas votre sœur, la reine est perdue. Comprenez-vous, maintenant?
Un double bruit coupa la phrase d'Olivier: un cri et un soupir. Ils partaient tous deux l'un du boudoir, l'autre du petit salon.
Olivier courut au soupir; il vit dans le boudoir Andrée de Taverney vêtue de blanc comme une fiancée. Elle avait tout entendu et venait de s'évanouir.
Philippe courut au cri dans le petit salon. Il aperçut le corps du baron de Taverney, que cette révélation de l'amour de la reine pour Charny venait de foudroyer sur la ruine de toutes ses espérances.
Le baron, frappé d'apoplexie, avait rendu le dernier soupir.
La prédiction de Cagliostro était accomplie.
Philippe, qui comprenait tout, même la honte de cette mort, abandonna silencieusement le cadavre, et revint au salon, vers Charny, qui contemplait en tremblant, et sans oser y toucher, cette belle jeune fille froide et inanimée.