Voilà comment madame de La Motte était parvenue à tourner la difficulté. Voilà comment la reine se trouvait engagée dans une voie sans autre issue que le déshonneur.

Elle ne se laissa pas abattre, elle résolut de lutter; le roi la soutint.

Le ministère aussi la soutint et de toutes ses forces. La reine se rappela que monsieur de Rohan était un homme honnête, incapable de vouloir perdre une femme. Elle se rappela son assurance quand il jurait avoir été admis aux rendez-vous de Versailles.

Elle conclut que le cardinal n'était pas son ennemi direct, et qu'il n'avait comme elle qu'un intérêt d'honneur dans la question.

On dirigea dès lors tout l'effort du procès sur la comtesse, et l'on chercha activement les traces du collier perdu.

La reine, acceptant le débat sur l'accusation de faiblesse adultère, rejetait sur Jeanne la foudroyante accusation du vol frauduleux.

Tout parlait contre la comtesse, ses antécédents, sa première misère, son élévation étrange; la noblesse n'acceptait pas cette princesse de hasard, le peuple ne pouvait la revendiquer; le peuple hait d'instinct les aventuriers, il ne leur pardonne pas même le succès.

Jeanne s'aperçut qu'elle avait fait fausse route, et que la reine, en subissant l'accusation, en ne cédant pas à la crainte du bruit, engageait le cardinal à l'imiter; que les deux loyautés finiraient par s'entendre et par trouver la lumière, et que, même si elles succombaient, ce serait dans une chute si terrible qu'elles broieraient sous elles la pauvre petite Valois, princesse d'un million volé, qu'elle n'avait même plus sous la main pour corrompre ses juges.

On en était là quand un nouvel épisode se produisit, qui changea la face des choses.

Monsieur de Beausire et mademoiselle Oliva vivaient heureux et riches dans le fond d'une maison de campagne, quand, un jour, monsieur, qui avait laissé madame au logis pour s'en aller chasser, tomba dans la société de deux des agents que monsieur de Crosne éparpillait par toute la France pour obtenir un dénouement à cette intrigue.