—Rien de plus aisé, répliqua la reine; où est-il votre carrosse?

—Dans la première cour, madame.

La reine sonna, quelqu'un vint prendre ses ordres.

—Faites entrer le carrosse que monsieur de Crosne vous désignera, dit-elle, dans le grand vestibule, et fermez les deux portes de telle sorte qu'il y fasse noir, et que personne ne voie avant moi les curiosités que monsieur de Crosne m'apporte.

L'ordre fut exécuté. On savait respecter bien plus que des ordres les caprices de la reine. Le carrosse entra sous la voûte près du logis des gardes, et versa son contenu dans le corridor sombre.

—Maintenant, madame, dit monsieur de Crosne, veuillez venir avec moi dans votre salon de collation, et donner ordre qu'on laisse entrer mon commis, avec ce qu'il apportera dans la bibliothèque.

Dix minutes après la reine épiait, palpitante, derrière ses casiers.

Elle vit entrer dans la bibliothèque une forme voilée, que dévoila le commis, et qui, reconnue, fit pousser un cri d'effroi à la reine. C'était Oliva, vêtue de l'un des costumes les plus aimés de Marie-Antoinette.

Elle avait la robe verte à larges bandes moirées noir, la coiffure élevée que préférait la reine, des bagues pareilles aux siennes, les mules de satin vert à talons énormes: c'était Marie-Antoinette elle-même, moins le sang des Césars, que remplaçait le fluide plébéien mobile de toutes les voluptés de monsieur Beausire.

La reine crut se voir dans une glace opposée; elle dévora des yeux cette apparition.