Voilà ce qu'il était nécessaire d'apprendre au lecteur avant de lui montrer monsieur Cagliostro causant d'affaires avec monsieur de Crosne.
Maintenant, nous pouvons l'introduire dans le cabinet du lieutenant de police.
[Chapitre XC]
[Le cabinet du lieutenant de police]
Monsieur de Crosne savait de Cagliostro tout ce qu'un habile lieutenant de police peut savoir d'un homme habitant en France, et ce n'est pas peu dire. Il savait tous ses noms passés, tous ses secrets d'alchimiste, de magnétisme et de divination; il savait ses prétentions à l'ubiquité, à la régénération perpétuelle—il le regardait comme un charlatan grand seigneur.
C'était un esprit fort que ce monsieur de Crosne, connaissant toutes les ressources de sa charge, bien en cour, indifférent à la faveur, ne composant pas avec son orgueil; un homme sur qui n'avait pas prise qui voulait.
À celui-là comme à monsieur de Rohan, Cagliostro ne pouvait offrir des louis chauds encore du fourneau hermétique; à celui-là, Cagliostro n'eût pas offert le bout d'un pistolet, comme Balsamo à monsieur de Sartine; à celui-là, Balsamo n'avait plus de Lorenza à redemander, mais Cagliostro avait des comptes à rendre.
Voilà pourquoi le comte, au lieu d'attendre les événements, avait cru devoir demander audience au magistrat.
Monsieur de Crosne sentait l'avantage de sa position et s'apprêtait à en user. Cagliostro sentait l'embarras de la sienne et s'apprêtait à en sortir.