—Prenez garde, lui dit-il, en ne disant rien, vous accusez la reine; si vous persistez en cela, prenez garde, vous serez condamnée comme coupable de lèse-majesté: c'est la honte, c'est la hart!
—Je n'accuse pas la reine, dit Jeanne; mais pourquoi m'accuse-t-on?
—Accusez alors quelqu'un, dit l'inflexible Breteuil; vous n'avez que ce moyen de vous débarrasser vous-même.
Elle se renferma dans un prudent silence, et cette première entrevue d'elle et du garde des Sceaux n'eut aucun résultat.
Cependant, le bruit se répandait que des preuves avaient surgi, que les diamants s'étaient vendus en Angleterre, où monsieur de Villette fut arrêté par les agents de monsieur de Vergennes.
Le premier assaut que Jeanne eut à soutenir fut terrible. Confrontée avec le Réteau, qu'elle devait croire son allié jusqu'à la mort, elle l'entendit avec terreur avouer humblement qu'il était un faussaire, qu'il avait écrit un reçu des diamants, une lettre de la reine, falsifiant à la fois les signatures des joailliers et celle de Sa Majesté.
Interrogé par quel motif il avait commis ces crimes, il répondit que c'était sur la demande de madame de La Motte.
Éperdue, furieuse, elle nia, elle se défendit comme une lionne; elle prétendit n'avoir jamais vu, ni connu, ce monsieur Réteau de Villette.
Mais là encore elle reçut deux rudes secousses; deux témoignages l'écrasèrent.
Le premier était celui d'un cocher de fiacre, trouvé par monsieur de Crosne, qui déclarait avoir mené, au jour et à l'heure cités par Réteau, une dame vêtue de telle façon, rue Montmartre.