La reine composa son visage, et prenant ce superbe sang-froid qui accompagne toujours les actes des princes habitués au respect des autres et à l'estime d'eux-mêmes, faculté indispensable aux grands de la terre pour dominer et ne pas se trahir:

—Monsieur de Charny, dit-elle, m'est recommandé. Il est le neveu de monsieur de Suffren, notre héros. Il m'a rendu des services; je veux être à son égard comme serait une parente, une amie. Dites-moi donc la vérité; je dois et je veux l'entendre.

—Mais, moi, je ne puis vous la dire, répliqua Louis, et puisque Votre Majesté tient si fort à la connaître, je ne sais qu'un moyen, c'est que Votre Majesté entende elle-même. De cette façon, si quelque chose est dit à tort par ce jeune homme, la reine n'en voudra ni à l'indiscret qui aura laissé pénétrer le secret, ni à l'imprudent qui l'aura étouffé.

—J'aime votre amitié, s'écria la reine, et crois dès à présent que monsieur de Charny dit des choses étranges dans son délire....

—Des choses qu'il est urgent que Votre Majesté entende pour les apprécier, fit le bon docteur.

Et il prit doucement la main émue de la reine.

—Mais d'abord, prenez garde, s'écria la reine, je ne fais point ici un pas sans avoir quelque charitable espion derrière moi.

—Vous n'aurez que moi, ce soir. Il s'agit de traverser mon corridor, qui a une porte à chaque extrémité. Je fermerai celle par laquelle nous entrerons, et nul ne sera près de nous, madame.

—Je m'abandonne à mon cher docteur, fit la reine.

Et prenant le bras de Louis, elle se glissa hors des appartements toute palpitante de curiosité.