—Monsieur, lui dit-elle, vous pouvez, en vous chargeant de ce message, faire changer le sort de monsieur de Rohan et le mien. Prenez connaissance de ce qu'il renferme. Vous êtes un homme obligé au secret par vos devoirs. Vous vous convaincrez que j'ai frappé à la seule porte où nous puissions, monsieur le cardinal et moi, demander secours.

L'aumônier refusa.

—Vous ne voyez que moi d'ecclésiastique, répliqua-t-il. Sa Majesté croira que vous lui avez écrit d'après mes conseils et que vous m'avez tout avoué; je ne puis consentir à me perdre.

—Eh bien! dit Jeanne, désespérant du succès de sa ruse, mais voulant contraindre le cardinal par l'intimidation, dites à monsieur de Rohan qu'il me reste un moyen de prouver mon innocence, c'est de faire lire les lettres qu'il écrivait à la reine. Ce moyen, je répugnais à en user; mais, dans notre intérêt commun, je m'y résoudrai.

En voyant l'aumônier épouvanté par ces menaces, elle essaya une dernière fois de lui mettre dans les mains sa terrible lettre à la reine.

«S'il prend la lettre, se disait-elle, je suis sauvée, parce que alors, en pleine audience, je lui demanderai ce qu'il en a fait, et s'il l'a remise à la reine et sommée d'y faire réponse; s'il ne l'a pas remise, la reine est perdue; l'hésitation des Rohan aura prouvé son crime et mon innocence.»

Mais l'abbé Lekel eut-il à peine la lettre dans les mains, qu'il la rendit comme si elle le brûlait.

—Faites attention, dit Jeanne pâle de colère, que vous ne risquez rien, car j'ai caché la lettre de la reine dans une enveloppe adressée à madame de Misery.

—Raison de plus! s'écria l'abbé, deux personnes sauraient le secret. Double motif de ressentiment pour la reine. Non, non, je refuse.

Et il repoussa les doigts de la comtesse.