—Je ne suppose pas, dit le concierge, qu'il soit rendu avant demain matin.
—Eh bien! ajouta l'abbé, tâchez de laisser reposer un peu cette pauvre madame de La Motte. Après tant de secousses, elle doit avoir besoin de repos.
—Nous nous retirerons dans notre chambre, dit le brave concierge à sa femme, et nous laisserons madame ici sur le fauteuil, à moins qu'elle ne veuille s'aller mettre au lit.
Jeanne, se soulevant, rencontra l'œil de l'abbé, qui guettait sa réponse. Elle feignit de se rendormir.
Alors l'abbé disparut, et le concierge et sa femme partirent aussi, après avoir refermé doucement la grille et remis la clef à sa place.
Aussitôt qu'elle fut seule, Jeanne ouvrit les yeux.
«L'abbé me conseille de fuir, pensa-t-elle. Peut-on plus clairement m'indiquer et la nécessité de l'évasion et le moyen! Me menacer d'une condamnation avant l'arrêt des juges, c'est d'un ami qui veut me pousser à prendre ma liberté, ce ne peut être d'un barbare qui m'insulte.
«Pour m'enfuir, je n'ai qu'un pas à faire; j'ouvre cette armoire, puis cette grille, et me voilà sur le quai désert.
«Désert, oui!... Personne; la lune elle-même se cache dans les cieux.
«Fuir!... Oh! la liberté! le bonheur de retrouver mes richesses... le bonheur de rendre à mes ennemis tout le mal qu'ils m'auront fait!»