—Mais, ajouta la comtesse, où viendra-t-on me lire l'arrêt, et quand viendra-t-on?
—On attend peut-être que madame soit chez elle, se hâta de dire Hubert.
«Décidément, il m'éloigne», pensa Jeanne.
Et un vague sentiment d'inquiétude la fit tressaillir, aussitôt évaporé qu'il avait apparu dans son cœur.
Jeanne monta les trois marches qui conduisaient de cette chambre du concierge au couloir du greffe.
La voyant partir, madame Hubert vint à elle précipitamment et lui prit les mains, non pas avec respect, non pas avec amitié vraie, non pas avec cette susceptibilité qui honore celui qui la témoigne et celui qui en est l'objet, mais avec une compassion profonde, avec un élan de pitié qui n'échappa point à l'intelligente comtesse, à elle qui remarquait tout.
Cette fois, l'impression fut si nette, que Jeanne s'avoua qu'elle ressentait de l'effroi; mais l'effroi fut rejeté comme l'avait été l'inquiétude, au-dehors de cette âme emplie jusqu'aux bords parla joie et l'espérance.
Toutefois, Jeanne voulait demander compte à madame Hubert de sa pitié; elle ouvrait la bouche et redescendait deux degrés pour formuler une de ces questions précises et vigoureuses comme son esprit, mais elle n'en eut pas le temps. Hubert lui prit la main, moins poliment que vivement, et ouvrit la porte.
La comtesse se vit dans le couloir. Huit archers de la prévôté attendaient là. Qu'attendaient-ils? Voilà ce que se demanda Jeanne en les apercevant. Mais la porte du concierge était déjà refermée. En avant des archers se trouvait un des porte-clefs ordinaires de la prison, celui qui, chaque soir, reconduisait la comtesse à sa chambre.
Cet homme se mit à précéder Jeanne, comme pour lui montrer le chemin.