—Publiquement! hurla la malheureuse.... Oh!...
—Monsieur de Paris, je vous livre cette femme, acheva de dire le greffier en s'adressant à l'homme au tablier de cuir.
—Qui donc est cet homme? fit Jeanne dans un dernier paroxysme d'épouvante et de rage.
—Le bourreau! répondit en s'inclinant le greffier, qui rajustait ses manchettes.
À peine le greffier avait-il achevé ce mot, que les deux exécuteurs s'emparèrent de Jeanne et l'enlevèrent pour la porter du côté de la galerie qu'elle avait aperçue. La défense qu'elle opposa, il faut renoncer à la dépeindre. Cette femme qui, dans la vie ordinaire, s'évanouissait pour une égratignure, supporta pendant près d'une heure les mauvais traitements et les coups des deux exécuteurs; elle fut traînée jusqu'à la porte extérieure sans avoir un moment cessé de pousser les plus effrayantes clameurs.
Au-delà de ce guichet, où les soldats réunis contenaient la foule, la petite cour, dite cour de justice, apparut soudain avec les deux ou trois mille spectateurs que la curiosité y avait convoqués depuis les préparatifs et l'apparition de l'échafaud.
Sur une estrade élevée d'environ huit pieds, un poteau noir, garni d'anneaux de fer, se dressait, surmonté d'un écriteau que le greffier, par ordre sans doute, avait tâché de rendre illisible.
Cette estrade n'avait point de rampe; on y montait par une échelle sans rampe également. La seule balustrade qu'on y remarquât, c'étaient les baïonnettes des archers. Elles en fermaient l'accès comme une grille à pointes reluisantes.
La foule, voyant que les portes du palais s'ouvraient, que les commissaires venaient avec leur baguette, que le greffier marchait, ses papiers à la main, commença son mouvement d'ondulation qui la fait ressembler à la mer.
Partout les cris de: La voilà! la voilà! retentissaient avec des épithètes peu honorables pour la condamnée, et çà et là quelques observations peu charitables pour les juges.