Le silence avec lequel le docteur Louis accueillit les paroles auxquelles il devait s'attendre cependant fut glacial. En effet, le docteur rapprochait en ce moment la démarche d'Andrée de la démarche de la reine; il voyait ces deux femmes mues par un même sentiment, et aux symptômes il croyait reconnaître que ce sentiment c'était un violent amour.

Andrée, qui ignorait la visite de la reine, et qui ne pouvait lire dans l'esprit du docteur tout ce qu'il y avait de triste bienveillance et de miséricordieuse pitié, prit le silence du docteur pour un blâme, peut-être un peu durement formulé, et elle se redressa comme d'habitude sous cette pression, toute muette qu'elle fût.

—Cette démarche, vous pouvez l'excuser, ce me semble docteur, dit elle, car monsieur de Charny est malade d'une blessure reçue dans un duel, et cette blessure c'est mon frère qui la lui a faite.

—Votre frère! s'écria le docteur Louis; c'est monsieur Philippe de Taverney qui a blessé monsieur de Charny?

—Sans doute.

—Oh! mais j'ignorais cette circonstance.

—Mais maintenant que vous le savez, ne comprenez-vous pas que je doive m'enquérir de l'état dans lequel il se trouve?

—Oh! si fait, mon enfant, dit le bon docteur, enchanté de trouver une occasion d'être indulgent. J'ignorais, moi, je ne pouvais deviner la véritable cause.

Et il appuya sur ces derniers mots de manière à prouver à Andrée qu'il n'adoptait ses conclusions que sous toutes réserves.

—Voyons, docteur, dit Andrée en s'appuyant des deux mains au bras du son interlocuteur, et en le regardant en face, voyons, dites toute votre pensée.