—Je me leurrais et voulais vous leurrer.

—Qu'est-ce à dire, répliqua la reine fort pâle, s'il est mal, pourquoi me le cacher? Qu'ai-je à craindre, docteur, sinon un malheur, trop commun, hélas!

—Madame....

—Et s'il va bien, pourquoi me donner une inquiétude toute naturelle quand il s'agit d'un bon serviteur du roi?... Ainsi donc, répondez franchement par oui ou par non. Quoi sur la maladie? Quoi sur le malade? Y a-t-il danger?

—Pour lui, moins encore que pour d'autres, madame.

—Voilà où commencent les énigmes, docteur, fit la reine impatientée. Expliquez-vous.

—C'est malaisé, madame, répondit le docteur. Qu'il vous suffise de savoir que le mal du comte de Charny est tout moral. La blessure n'est qu'un accessoire dans les souffrances, un prétexte pour le délire.

—Un mal moral! monsieur de Charny!

—Oui, madame; et j'appelle moral tout ce qui ne s'analyse point avec le scalpel. Épargnez-moi d'en dire plus long à Votre Majesté.

—Vous voulez dire que le comte... insista la reine.