—Ah! ah!
—J'exprimai à monsieur le cardinal toute la charité si ardente dont s'emplit le cœur de Votre Majesté à l'annonce d'une infortune quelconque, toute la générosité qui fait vider incessamment la bourse de la reine, trop étroite toujours.
—Bien! bien!
—Tenez, monseigneur, lui dis-je, comme exemple, Sa Majesté se rend esclave de ses propres bontés. Elle se sacrifie à ses pauvres. Le bien qu'elle fait lui tourne à mal, et là-dessus je m'accusai moi-même.
—Comment cela, comtesse, dit la reine, qui écoutait, soit que Jeanne eût su la prendre par son faible, soit que l'esprit distingué de Marie-Antoinette sentît sous la longueur de ce préambule un vif intérêt, résultant pour elle de la préparation.
—Je dis, madame, que Votre Majesté m'avait donné une forte somme quelques jours avant; que mille fois, au moins, cela était arrivé depuis deux ans à la reine, et que si la reine eût été moins sensible, moins généreuse, elle aurait deux millions en caisse, grâce auxquels nulle considération ne l'empêcherait de se donner ce beau collier de diamants, si noblement, si courageusement, mais, permettez-moi de le dire, madame, si injustement repoussé.
La reine rougit et se remit à regarder Jeanne. Évidemment la conclusion se renfermait dans la dernière phrase. Y avait-il piège? Y avait-il seulement flagornerie? Certes, la question étant ainsi posée, il ne pouvait manquer d'y avoir danger pour une reine. Mais Sa Majesté rencontra sur le visage de Jeanne tant de douceur, de candide bienveillance, tant de vérité pure, que rien n'accusait une pareille physionomie d'être perfide ou adulatrice.
Et comme la reine elle-même avait une âme pleine de vraie générosité, et que dans la générosité, il y a toujours la force, dans la force toujours la solide vérité, alors Marie-Antoinette, poussant un soupir:
—Oui, dit-elle, le collier est beau; il était beau, veux-je dire, et je suis bien aise qu'une femme de goût me loue de l'avoir repoussé.
—Si vous saviez, madame, s'écria Jeanne, coupant à propos la phrase, comme on finit par connaître les sentiments des gens lorsqu'on porte intérêt à ceux que ces gens aiment!