—Je désire parler au gouverneur.

—Eh! dit le geôlier avec impatience, je vous ai déjà dit que c'est impossible.

—Pourquoi cela, impossible?

—Parce que, par les règlements de la prison, il n'est point permis à un prisonnier de le demander.

—Qu'y a-t-il donc de permis ici? demanda Dantès.

—Une meilleure nourriture en payant, la promenade, et quelquefois des livres.

—Je n'ai pas besoin de livres, je n'ai aucune envie de me promener et je trouve ma nourriture bonne; ainsi je ne veux qu'une chose, voir le gouverneur.

—Si vous m'ennuyez à me répéter toujours la même chose, dit le geôlier, je ne vous apporterai plus à manger.

—Eh bien, dit Dantès, si tu ne m'apportes plus à manger, je mourrai de faim, voilà tout.»

L'accent avec lequel Dantès prononça ces mots prouva au geôlier que son prisonnier serait heureux de mourir; aussi, comme tout prisonnier, de compte fait, rapporte dix sous à peu près par jour à son geôlier, celui de Dantès envisagea le déficit qui résulterait pour lui de sa mort, et reprit d'un ton plus radouci: