—Prenez le repos qui vous est nécessaire et songez que, sans force à Paris pour me servir, vous pouvez m'être à Marseille de la plus grande utilité.

—Sire, répondit Villefort en s'inclinant, dans une heure j'aurai quitté Paris.

—Allez, monsieur, dit le roi, et si je vous oubliais—la mémoire des rois est courte—ne craignez pas de vous rappeler à mon souvenir.... Monsieur le baron, donnez l'ordre qu'on aille chercher le ministre de la Guerre. Blacas, restez.

—Ah! monsieur, dit le ministre de la Police à Villefort en sortant des Tuileries, vous entrez par la bonne porte et votre fortune est faite.

—Sera-t-elle longue?» murmura Villefort en saluant le ministre, dont la carrière était finie, et en cherchant des yeux une voiture pour rentrer chez lui.

Un fiacre passait sur le quai, Villefort lui fit un signe, le fiacre s'approcha; Villefort donna son adresse et se jeta dans le fond de la voiture, se laissant aller à ses rêves d'ambition. Dix minutes après, Villefort était rentré chez lui; il commanda ses chevaux pour dans deux heures, et ordonna qu'on lui servît à déjeuner.

Il allait se mettre à table lorsque le timbre de la sonnette retentit sous une main franche et ferme: le valet de chambre alla ouvrir, et Villefort entendit une voix qui prononçait son nom.

«Qui peut déjà savoir que je suis ici?» se demanda le jeune homme.

En ce moment, le valet de chambre rentra.

«Eh bien, dit Villefort, qu'y a-t-il donc? qui a sonné? qui me demande?