—Alors? continua le jeune homme avec un accent interrogateur.
—Alors, dit le vieux prisonnier, que la volonté de Dieu soit faite!»
Et une teinte de profonde résignation s'étendit sur les traits du vieillard.
Dantès regarda cet homme qui renonçait ainsi et avec tant de philosophie à une espérance nourrie depuis si longtemps, avec un étonnement mêlé d'admiration.
«Maintenant, voulez-vous me dire qui vous êtes? demanda Dantès.
—Oh! mon Dieu, oui, si cela peut encore vous intéresser, maintenant que je ne puis plus vous être bon à rien.
—Vous pouvez être bon à me consoler et à me soutenir, car vous me semblez fort parmi les forts.»
L'abbé sourit tristement.
«Je suis l'abbé Faria, dit-il, prisonnier depuis 1811, comme vous le savez, au château d'If; mais j'étais depuis trois ans renfermé dans la forteresse de Fenestrelle. En 1811, on m'a transféré du Piémont en France. C'est alors que j'ai appris que la destinée, qui, à cette époque, lui semblait soumise, avait donné un fils à Napoléon, et que ce fils au berceau avait été nommé roi de Rome. J'étais loin de me douter alors de ce que vous m'avez dit tout à l'heure: c'est que, quatre ans plus tard, le colosse serait renversé. Qui règne donc en France? Est-ce Napoléon II?
—Non, c'est Louis XVIII.