«Vous pensiez à deux choses, disiez-vous tout à l'heure?
—Oui.
—Et vous ne m'avez fait connaître que la première; quelle est la seconde?
—La seconde est que vous m'avez raconté votre vie, et que vous ne connaissez pas la mienne.
—Votre vie, jeune homme, est bien courte pour renfermer des événements de quelque importance.
—Elle renferme un immense malheur, dit Dantès; un malheur que je n'ai pas mérité; et je voudrais, pour ne plus blasphémer Dieu comme je l'ai fait quelquefois, pouvoir m'en prendre aux hommes de mon malheur.
—Alors, vous vous prétendez innocent du fait qu'on vous impute?
—Complètement innocent, sur la tête des deux seules personnes qui me sont chères, sur la tête de mon père et de Mercédès.
—Voyons, dit l'abbé en refermant sa cachette et en repoussant son lit à sa place, racontez-moi donc votre histoire.»
Dantès alors raconta ce qu'il appelait son histoire, et qui se bornait à un voyage dans l'Inde et à deux où trois voyages dans le Levant; enfin, il en arriva à sa dernière traversée, à la mort du capitaine Leclère au paquet remis par lui pour le grand maréchal, à l'entrevue du grand maréchal, à la lettre remise par lui et adressée à un M. Noirtier; enfin à son arrivée à Marseille, à son entrevue avec son père, à ses amours avec Mercédès, au repas de ses fiançailles, à son arrestation, à son interrogatoire, à sa prison provisoire au palais de justice, enfin à sa prison définitive au château d'If. Arrivé là, Dantès ne savait plus rien, pas même le temps qu'il y était resté prisonnier.