«Eh! mon Dieu! dit-il négligemment, cet argent n'est point à moi; je manifestais au père la crainte qu'il n'eût manqué de quelque chose en mon absence, et pour me rassurer, il a vidé sa bourse sur la table. Allons, père, continua Dantès, remettez cet argent dans votre tirelire; à moins que le voisin Caderousse n'en ait besoin à son tour, auquel cas il est bien à son service.
—Non pas, garçon, dit Caderousse, je n'ai besoin de rien, et, Dieu merci l'état nourrit son homme. Garde ton argent, garde: on n'en a jamais de trop; ce qui n'empêche pas que je ne te sois obligé de ton offre comme si j'en profitais.
—C'était de bon cœur, dit Dantès.
—Je n'en doute pas. Eh bien, te voilà donc au mieux avec M. Morrel, câlin que tu es?
—M. Morrel a toujours eu beaucoup de bonté pour moi, répondit Dantès.
—En ce cas, tu as tort de refuser son dîner.
—Comment, refuser son dîner? reprit le vieux Dantès; il t'avait donc invité à dîner?
—Oui, mon père, reprit Edmond en souriant de l'étonnement que causait à son père l'excès de l'honneur dont il était l'objet.
—Et pourquoi donc as-tu refusé, fils? demanda le vieillard.
—Pour revenir plus tôt près de vous, mon père, répondit le jeune homme; j'avais hâte de vous voir.