—Alors, dit l'abbé, nous pourrons exécuter notre dessein.

—Et combien nous faudra-t-il de temps pour l'exécuter?

—Un an, au moins.

—Mais nous pourrions nous mettre au travail?

—Tout de suite.

—Oh! voyez donc, nous avons perdu un an, s'écria Dantès.

—Trouvez-vous que nous l'ayons perdu? dit l'abbé.

—Oh! pardon, pardon, s'écria Edmond rougissant.

—Chut! dit l'abbé, l'homme n'est jamais qu'un homme; et vous êtes encore un des meilleurs que j'aie connus. Tenez, voici mon plan.»

L'abbé montra alors à Dantès un dessin qu'il avait tracé: c'était le plan de sa chambre, de celle de Dantès et du corridor qui joignait l'une à l'autre. Au milieu de cette galerie, il établissait un boyau pareil à celui qu'on pratique dans les mines. Ce boyau menait les deux prisonniers sous la galerie où se promenait la sentinelle; une fois arrivés là, ils pratiquaient une large excavation, descellaient une des dalles qui formaient le plancher de la galerie; la dalle, à un moment donné, s'enfonçait sous le poids du soldat, qui disparaissait englouti dans l'excavation; Dantès se précipitait sur lui au moment où, tout étourdi de sa chute, il ne pouvait se défendre, le liait, le bâillonnait, et tous deux alors, passant par une des fenêtres de cette galerie, descendaient le long de la muraille extérieure à l'aide de l'échelle de corde et se sauvaient.