—Non, je sais seulement que, quelque temps après l'avoir fait arrêter, il a épousé Mlle de Saint-Méran, et bientôt a quitté Marseille. Sans doute que le bonheur lui aura souri comme aux autres, sans doute qu'il est riche comme Danglars, considéré comme Fernand; moi seul, vous le voyez, suis resté pauvre, misérable et oublié de Dieu.
—Vous vous trompez, mon ami, dit l'abbé: Dieu peut paraître oublier parfois, quand sa justice se repose; mais il vient toujours un moment où il se souvient, et en voici la preuve.»
À ces mots, l'abbé tira le diamant de sa poche, et le présentant à Caderousse:
«Tenez, mon ami, lui dit-il, prenez ce diamant, car il est à vous.
—Comment, à moi seul! s'écria Caderousse! Ah! monsieur, ne raillez-vous pas?
—Ce diamant devait être partagé entre ses amis: Edmond n'avait qu'un seul ami, le partage devient donc inutile. Prenez ce diamant et vendez-le; il vaut cinquante mille francs, je vous le répète, de cette somme, je l'espère, suffira pour vous tirer de la misère.
—Oh! monsieur, dit Caderousse en avançant timidement une main et en essuyant de l'autre la sueur qui perlait sur son front; oh! monsieur, ne faites pas une plaisanterie du bonheur ou du désespoir d'un homme!
—Je sais ce que c'est que le bonheur et ce que c'est que le désespoir, et je ne jouerai jamais à plaisir avec les sentiments. Prenez donc, mais en échange...»
Caderousse qui touchait déjà le diamant, retira sa main.
L'abbé sourit.