«Monsieur, dit-il, jusqu'à présent, et il y a plus de vingt-quatre ans que j'ai reçu la maison des mains de mon père qui lui-même l'avait gérée trente-cinq ans, jusqu'à présent pas un billet signé Morrel et fils n'a été présenté à la caisse sans être payé.

—Oui, je sais cela, répondit l'Anglais; mais d'homme d'honneur à homme d'honneur, parlez franchement. Monsieur, paierez-vous ceux-ci avec la même exactitude?»

Morrel tressaillit et regarda celui qui lui parlait ainsi avec plus d'assurance qu'il ne l'avait encore fait.

«Aux questions posées avec cette franchise, dit-il, il faut faire une réponse franche. Oui, monsieur, je paierai si, comme je l'espère, mon bâtiment arrive à bon port, car son arrivée me rendra le crédit que les accidents successifs dont j'ai été la victime m'ont ôté; mais si par malheur le Pharaon, cette dernière ressource sur laquelle je compte, me manquait...»

Les larmes montèrent aux yeux du pauvre armateur.

«Eh bien, demanda son interlocuteur, si cette dernière ressource vous manquait?...

—Eh bien, continua Morrel, monsieur, c'est cruel à dire... mais, déjà habitué au malheur, il faut que je m'habitue à la honte, eh bien, je crois que je serais forcé de suspendre mes paiements.

—N'avez-vous donc point d'amis qui puissent vous aider dans cette circonstance?»

Morrel sourit tristement.

«Dans les affaires, monsieur, dit-il, on n'a point d'amis, vous le savez bien, on n'a que des correspondants.