—Moi, dit Caderousse en se levant avec la fatuité de l'homme ivre; moi, ne pas pouvoir me tenir sur mes jambes! Je parie que je monte au clocher des Accoules, et sans balancer encore!

—Eh bien, soit, dit Danglars, je parie, mais pour demain: aujourd'hui il est temps de rentrer; donne-moi donc le bras et rentrons.

—Rentrons, dit Caderousse, mais je n'ai pas besoin de ton bras pour cela. Viens-tu, Fernand? rentres-tu avec nous à Marseille?

—Non, dit Fernand, je retourne aux Catalans, moi.

—Tu as tort, viens avec nous à Marseille, viens.

—Je n'ai point besoin à Marseille, et je n'y veux point aller.

—Comment as-tu dit cela? Tu ne veux pas, mon bonhomme! eh bien, à ton aise! liberté pour tout le monde! Viens, Danglars, et laissons monsieur rentrer aux Catalans, puisqu'il le veut.»

Danglars profita de ce moment de bonne volonté de Caderousse pour l'entraîner du côté de Marseille; seulement, pour ouvrir un chemin plus court et plus facile à Fernand, au lieu de revenir par le quai de la Rive-Neuve, il revint par la porte Saint-Victor.

Caderousse le suivait, tout chancelant, accroché à son bras.

Lorsqu'il eut fait une vingtaine de pas, Danglars se retourna et vit Fernand se précipiter sur le papier, qu'il mit dans sa poche; puis aussitôt, s'élançant hors de la tonnelle, le jeune homme tourna du côté du Pillon.