—Mais on dit que c'est chose fort juste, et que vous semez assez de rouge pour qu'il pousse un peu de bleu.

—Allons, allons, pas mal, dit Lucien: pourquoi n'êtes vous pas des nôtres, mon cher Beauchamp? Ayant de l'esprit comme vous en avez, vous feriez fortune en trois ou quatre ans.

—Aussi, je n'attends qu'une chose pour suivre votre conseil: c'est un ministère qui soit assuré pour six mois. Maintenant, un seul mot, mon cher Albert, car aussi bien faut-il que je laisse respirer le pauvre Lucien. Déjeunons-nous ou dînons-nous? J'ai la Chambre, moi. Tout n'est pas rose, comme vous le voyez, dans notre métier.

—On déjeunera seulement; nous n'attendons plus que deux personnes, et l'on se mettra à table aussitôt qu'elles seront arrivées.

—Et quelles sortes de personnes attendez-vous à déjeuner? dit Beauchamp.

—Un gentilhomme et un diplomate, reprit Albert.

—Alors c'est l'affaire de deux petites heures pour le gentilhomme et de deux grandes heures pour le diplomate. Je reviendrai au dessert. Gardez-moi des fraises, du café et des cigares. Je mangerai une côtelette à la Chambre.

—N'en faites rien, Beauchamp, car le gentilhomme fût-il un Montmorency, et le diplomate un Metternich, nous déjeunerons à dix heures et demie précises; en attendant faites comme Debray, goûtez mon xérès et mes biscuits.

—Allons donc, soit, je reste. Il faut absolument que je me distraie ce matin.

—Bon, vous voilà comme Debray! Il me semble cependant que lorsque le ministère est triste l'opposition doit être gaie.