—Ah! fit Albert, c'est bien heureux que M. Morrel me vienne en aide. Cela vous contrarie, n'est-ce pas, qu'il jette ainsi un peloton de fil dans mon labyrinthe?

—Pardon, cher ami, dit Debray, c'est que vous nous racontez des choses si invraisemblables....

—Ah parbleu! parce que vos ambassadeurs, vos consuls ne vous en parlent pas! Ils n'ont pas le temps, il faut bien qu'ils molestent leurs compatriotes qui voyagent.

—Ah! bon, voilà que vous vous fâchez, et que vous tombez sur nos pauvres agents. Eh! mon Dieu! avec quoi voulez-vous qu'ils vous protègent? la Chambre leur rogne tous les jours leurs appointements; c'est au point qu'on n'en trouve plus. Voulez-vous être ambassadeur, Albert? je vous fais nommer à Constantinople.

—Non pas! pour que le sultan, à la première démonstration que je ferai en faveur de Méhémet-Ali, m'envoie le cordon et que mes secrétaires m'étranglent.

—Vous voyez bien, dit Debray.

—Oui, mais tout cela n'empêche pas mon comte de Monte-Cristo d'exister!

—Pardieu! tout le monde existe, le beau miracle!

—Tout le monde existe, sans doute, mais pas dans des conditions pareilles. Tout le monde n'a pas des esclaves noirs, des galeries princières, des armes comme à la casauba, des chevaux de six mille francs pièce, des maîtresses grecques!

—L'avez-vous vue, la maîtresse grecque?