—Un moment! s'écria Albert avant que Monte-Cristo eût eu le temps de répondre, prenez garde à ce que vous faites, monsieur Morrel, vous allez claquemurer un voyageur, Simbad le marin, dans la vie de famille; un homme qui est venu pour voir Paris vous allez en faire un patriarche.

—Oh! que non pas, répondit Morrel en souriant, ma sœur a vingt-cinq ans, mon beau-frère en a trente: ils sont jeunes, gais et heureux; d'ailleurs monsieur le comte sera chez lui, et il ne rencontrera ses hôtes qu'autant qu'il lui plaira de descendre chez eux.

—Merci, monsieur, merci, dit Monte-Cristo, je me contenterai d'être présenté par vous à votre sœur et à votre beau-frère, si vous voulez bien me faire cet honneur; mais je n'ai accepté l'offre d'aucun de ces messieurs, attendu que j'ai déjà mon habitation toute prête.

—Comment! s'écria Morcerf, vous allez donc descendre à l'hôtel? Ce sera fort maussade pour vous, cela.

—Étais-je donc si mal à Rome? demanda Monte-Cristo.

—Parbleu! à Rome, dit Morcerf, vous aviez dépensé cinquante mille piastres pour vous faire meubler un appartement; mais je présume que vous n'êtes pas disposé à renouveler tous les jours une pareille dépense.

—Ce n'est pas cela qui m'a arrêté, répondit Monte-Cristo; mais j'étais résolu d'avoir une maison à Paris, une maison à moi, j'entends. J'ai envoyé d'avance mon valet de chambre et il a dû acheter cette maison et me la faire meubler.

—Mais dites-nous donc que vous avez un valet de chambre qui connaît Paris! s'écria Beauchamp.

—C'est la première fois comme moi qu'il vient en France; il est Noir et ne parle pas, dit Monte-Cristo.

—Alors, c'est Ali? demanda Albert au milieu de la surprise générale.