—Oh! ne faites pas cela, Excellence, je vous ai servi fidèlement, n'est-ce pas? s'écria Bertuccio au désespoir, j'ai toujours été honnête homme, et j'ai même, le plus que j'ai pu, fait de bonnes actions.
—Je ne dis pas non, reprit le comte, mais pourquoi diable êtes-vous agité de la sorte? C'est mauvais signe: une conscience pure n'amène pas tant de pâleur sur les joues, tant de fièvre dans les mains d'un homme....
—Mais, monsieur le comte, reprit en hésitant Bertuccio, ne m'avez-vous pas dit vous-même que M. l'abbé Busoni, qui a entendu ma confession dans les prisons de Nîmes, vous avait prévenu, en m'envoyant chez vous, que j'avais un lourd reproche à me faire?
—Oui, mais comme il vous adressait à moi en me disant que vous feriez un excellent intendant, j'ai cru que vous aviez volé, voilà tout!
—Oh! monsieur le comte! fit Bertuccio avec mépris.
—Ou que, comme vous étiez Corse, vous n'aviez pu résister au désir de faire une peau, comme on dit dans le pays par antiphrase, quand au contraire on en défait une.
—Eh bien, oui, monseigneur, oui, mon bon seigneur, c'est cela! s'écria Bertuccio en se jetant aux genoux du comte; oui, c'est une vengeance, je le jure, une simple vengeance.
—Je comprends, mais ce que je ne comprends pas, c'est que ce soit cette maison justement qui vous galvanise à ce point.
—Mais, monseigneur, n'est-ce pas bien naturel, reprit Bertuccio, puisque c'est dans cette maison que la vengeance s'est accomplie?
—Quoi! ma maison!