—Non, seigneur, car le matin je penserai que tu viendras, et le soir je me rappellerai que tu es venu; d'ailleurs, quand je suis seule, j'ai de grands souvenirs, je revois d'immenses tableaux, de grands horizons avec le Pinde et l'Olympe dans le lointain; puis j'ai dans le cœur trois sentiments avec lesquels on ne s'ennuie jamais: de la tristesse, de l'amour et de la reconnaissance.
—Tu es une digne fille de l'Épire, Haydée, gracieuse et poétique, et l'on voit que tu descends de cette famille de déesses qui est née dans ton pays. Sois donc tranquille, ma fille, je ferai en sorte que ta jeunesse ne soit pas perdue, car si tu m'aimes comme ton père, moi, je t'aime comme mon enfant.
—Tu te trompes, seigneur; je n'aimais point mon père comme je t'aime; mon amour pour toi est un autre amour: mon père est mort et je ne suis pas morte; tandis que toi, si tu mourais, je mourrais.»
Le comte tendit la main à la jeune fille avec un sourire de profonde tendresse; elle y imprima ses lèvres comme d'habitude.
Et le comte, ainsi disposé à l'entrevue qu'il allait avoir avec Morrel et sa famille, partit en murmurant ces vers de Pindare:
«La jeunesse est une fleur dont l'amour est le fruit.... Heureux le vendangeur qui le cueille après l'avoir vu lentement mûrir.»
Selon ses ordres, la voiture était prête. Il y monta, et la voiture, comme toujours, partit au galop.