«Al suo commodo

Les deux jeunes gens se levèrent et passèrent dans la salle à manger.

Pendant le déjeuner, qui était excellent et servi avec une recherche infinie, Franz chercha des yeux le regard d'Albert, afin d'y lire l'impression qu'il ne doutait pas qu'eussent produite en lui les paroles de leur hôte; mais, soit que dans son insouciance habituelle il ne leur eût pas prêté une grande attention, soit que la concession que le comte de Monte-Cristo lui avait faite à l'endroit du duel l'eût raccommodé avec lui, soit enfin que les antécédents que nous avons racontés, connus de Franz seul, eussent doublé pour lui seul l'effet des théories du comte, il ne s'aperçut pas que son compagnon fût préoccupé le moins du monde; tout au contraire, il faisait honneur au repas en homme condamné depuis quatre ou cinq mois à la cuisine italienne, c'est-à-dire l'une des plus mauvaises cuisines du monde. Quant au comte, il effleurait à peine chaque plat; on eût dit qu'en se mettant à table avec ses convives il accomplissait un simple devoir de politesse, et qu'il attendait leur départ pour se faire servir quelque mets étrange ou particulier.

Cela rappelait malgré lui à Franz l'effroi que le comte avait inspiré à la comtesse G..., et la conviction où il l'avait laissée que le comte, l'homme qu'il lui avait montré dans la loge en face d'elle, était un vampire.

À la fin du déjeuner, Franz tira sa montre.

«Eh bien, lui dit le comte, que faites-vous donc?

—Vous nous excuserez, monsieur le comte, répondit Franz, mais nous avons encore mille choses à faire.

—Lesquelles?

—Nous n'avons pas de déguisements, et aujourd'hui le déguisement est de rigueur.

—Ne vous occupez donc pas de cela. Nous avons à ce que je crois, place del Popolo, une chambre particulière; j'y ferai porter les costumes que vous voudrez bien m'indiquer, et nous nous masquerons séance tenante.