Pendant toute cette conversation, Valentine était restée muette.
«Eh bien, monsieur, dit après quelques secondes de réflexion Mme de Saint-Méran, il faut vous hâter, car j’ai peu de temps à vivre.
—Vous, madame! vous, bonne maman! s’écrièrent M. de Villefort et Valentine.
—Je sais ce que je dis, reprit la marquise, il faut donc vous hâter, afin que, n’ayant plus de mère, elle ait au moins sa grand-mère pour bénir son mariage. Je suis la seule qui lui reste du côté de ma pauvre Renée, que vous avez si vite oubliée, monsieur.
—Ah! madame, dit Villefort, vous oubliez qu’il fallait donner une mère à cette pauvre enfant qui n’en avait plus.
—Une belle-mère n’est jamais une mère, monsieur! Mais ce n’est pas de cela qu’il s’agit, il s’agit de Valentine; laissons les morts tranquilles.»
Tout cela était dit avec une telle volubilité et un tel accent, qu’il y avait quelque chose dans cette conversation qui ressemblait à un commencement de délire.
«Il sera fait selon votre désir, madame, dit Villefort et cela d’autant mieux que votre désir est d’accord avec le mien; et, aussitôt l’arrivée de M. d’Épinay à Paris....
—Ma bonne mère, dit Valentine, les convenances, le deuil tout récent... voudriez-vous donc faire un mariage sous d’aussi tristes auspices?
—Ma fille, interrompit vivement l’aïeule, pas de ces raisons banales qui empêchent les esprits faibles de bâtir solidement leur avenir. Moi aussi, j’ai été mariée au lit de mort de ma mère, et n’ai certes point été malheureuse pour cela.