Puis elle se retourna sur son oreiller en répétant:
«Le notaire! le notaire!»
M. de Villefort sortit. Valentine s’assit près du lit de sa grand-mère. La pauvre enfant semblait avoir grand besoin elle-même de ce médecin qu’elle avait recommandé à son aïeule. Une rougeur pareille à une flamme brûlait la pommette de ses joues, sa respiration était courte et haletante, et son pouls battait comme si elle avait eu la fièvre.
C’est qu’elle songeait, la pauvre enfant, au désespoir de Maximilien quand il apprendrait que Mme de Saint-Méran, au lieu de lui être une alliée, agissait sans le connaître, comme si elle lui était ennemie.
Plus d’une fois Valentine avait songé à tout dire à sa grand-mère, et elle n’eût pas hésité un seul instant si Maximilien Morrel s’était appelé Albert de Morcerf ou Raoul de Château-Renaud; mais Morrel était d’extraction plébéienne, et Valentine savait le mépris que l’orgueilleuse marquise de Saint-Méran avait pour tout ce qui n’était point de race. Son secret avait donc toujours, au moment où il allait se faire jour, été repoussé dans son cœur par cette triste certitude qu’elle le livrerait inutilement, et qu’une fois ce secret connu de son père et de sa belle-mère, tout serait perdu.
Deux heures à peu près s’écoulèrent ainsi. Mme de Saint-Méran dormait d’un sommeil ardent et agité. On annonça le notaire.
Quoique cette annonce eût été faite très bas, Mme de Saint-Méran se souleva sur son oreiller.
«Le notaire? dit-elle; qu’il vienne, qu’il vienne!»
Le notaire était à la porte, il entra.
«Va-t’en, Valentine, dit Mme de Saint-Méran, et laisse-moi avec monsieur.