Morrel ne put résister à ce spectacle; il n’était pas d’une piété exemplaire, il n’était pas facile à impressionner, mais Valentine souffrant, pleurant, se tordant les bras à sa vue, c’était plus qu’il n’en pouvait supporter en silence. Il poussa un soupir, murmura un nom, et la tête noyée dans les pleurs et marbrée sur le velours du fauteuil, une tête de Madeleine du Corrège, se releva et demeura tournée vers lui.
Valentine le vit et ne témoigna point d’étonnement. Il n’y a plus d’émotions intermédiaires dans un cœur gonflé par un désespoir suprême.
Morrel tendit la main à son amie. Valentine, pour toute excuse de ce qu’elle n’avait point été le trouver, lui montra le cadavre gisant sous le drap funèbre et recommença à sangloter.
Ni l’un ni l’autre n’osait parler dans cette chambre. Chacun hésitait à rompre ce silence que semblait commander la Mort debout dans quelque coin et le doigt sur les lèvres.
Enfin Valentine osa la première.
«Ami, dit-elle, comment êtes-vous ici? Hélas! je vous dirais: soyez le bienvenu, si ce n’était pas la Mort qui vous eût ouvert la porte de cette maison.
—Valentine, dit Morrel d’une voix tremblante et les mains jointes, j’étais là depuis huit heures et demie; je ne vous voyais point venir, l’inquiétude m’a pris, j’ai sauté par-dessus le mur, j’ai pénétré dans le jardin; alors des voix qui s’entretenaient du fatal accident....
—Quelles voix?» dit Valentine.
Morrel frémit, car toute la conversation du docteur et de M. de Villefort lui revint à l’esprit, et, à travers le drap, il croyait voir ces bras tordus, ce cou raidi, ces lèvres violettes.
«Les voix de vos domestiques, dit-il, m’ont tout appris.