—Je prends Beauchamp en grippe», dit Albert. Et il se retira à quatre pas en arrière avec Franz, laissant Beauchamp continuer ses dissertations philosophiques avec Debray.
Le caveau de la famille de Villefort formait un carré de pierres blanches d’une hauteur de vingt pieds environ, une séparation intérieure divisait en deux compartiments la famille Saint-Méran et la famille Villefort, et chaque compartiment avait sa porte d’entrée.
On ne voyait pas, comme dans les autres tombeaux, ces ignobles tiroirs superposés dans lesquels une économe distribution enferme les morts avec une inscription qui ressemble à une étiquette; tout ce que l’on apercevait d’abord par la porte de bronze était une antichambre sévère et sombre, séparée par un mur du véritable tombeau.
C’était au milieu de ce mur que s’ouvraient les deux portes dont nous parlions tout à l’heure, et qui communiquaient aux sépultures Villefort et Saint-Méran.
Là, pouvaient s’exhaler en liberté les douleurs sans que les promeneurs folâtres, qui font d’une visite au Père-Lachaise partie de campagne ou rendez-vous d’amour, vinssent troubler par leurs chants, par leurs cris ou par leur course la muette contemplation ou la prière baignée de larmes de l’habitant du caveau.
Les deux cercueils entrèrent dans le caveau de droite, c’était celui de la famille de Saint-Méran; ils furent placés sur les tréteaux préparés, et qui attendaient d’avance leur dépôt mortuaire; Villefort, Franz et quelques proches parents pénétrèrent seuls dans le sanctuaire.
Comme les cérémonies religieuses avaient été accomplies à la porte, et qu’il n’y avait pas de discours à prononcer, les assistants se séparèrent aussitôt; Château-Renaud, Albert et Morrel se retirèrent de leur côté et Debray et Beauchamp du leur.
Franz resta, avec M. de Villefort, à la porte du cimetière; Morrel s’arrêta sous le premier prétexte venu; il vit sortir Franz et M. de Villefort dans une voiture de deuil, et il conclut un mauvais présage de ce tête-à-tête. Il revint donc à Paris, et, quoique lui-même fût dans la même voiture que Château-Renaud et Albert, il n’entendit pas un mot de ce que dirent les deux jeunes gens.
En effet, au moment où Franz allait quitter M. de Villefort:
«Monsieur le baron, avait dit celui-ci, quand vous reverrai-je?