«Quelles paroles, monsieur le comte? demanda le banquier, comme s’il cherchait vainement dans son esprit l’explication de ce que le général voulait dire.
—Oh! dit le comte, vous êtes formaliste, mon cher monsieur, et vous me rappelez que le cérémonial doit se faire selon tous les rites. Très bien! ma foi. Pardonnez-moi, comme je n’ai qu’un fils, et que c’est la première fois que je songe à le marier, j’en suis encore à mon apprentissage: allons, je m’exécute.»
Et Morcerf, avec un sourire forcé, se leva, fit une profonde révérence à Danglars, et lui dit:
«Monsieur le baron, j’ai l’honneur de vous demander la main de Mlle Eugénie Danglars, votre fille, pour mon fils le vicomte Albert de Morcerf.»
Mais Danglars, au lieu d’accueillir ces paroles avec une faveur que Morcerf pouvait espérer de lui, fronça le sourcil, et, sans inviter le comte, qui était resté debout, à s’asseoir:
«Monsieur le comte, dit-il, avant de vous répondre, j’aurai besoin de réfléchir.
—De réfléchir! reprit Morcerf de plus en plus étonné, n’avez-vous pas eu le temps de réfléchir depuis tantôt huit ans que nous causâmes de ce mariage pour la première fois?
—Monsieur le comte, dit Danglars, tous les jours il arrive des choses qui font que les réflexions que l’on croyait faites sont à refaire.
—Comment cela? demanda Morcerf; je ne vous comprends plus, baron!
—Je veux dire, monsieur, que depuis quinze jours de nouvelles circonstances....