—Je dirai qu’il vous avait sans doute donné le plan de cette maison dans l’espérance que le comte vous tuerait. Je dirai qu’il avait prévenu le comte par un billet; je dirai que, le comte étant absent, c’est moi qui ai reçu ce billet et qui ai veillé pour vous attendre.

—Et il sera guillotiné, n’est-ce pas? dit Caderousse, il sera guillotiné, vous me le promettez? Je meurs avec cet espoir-là, cela va m’aider à mourir.

—Je dirai, continua le comte, qu’il est arrivé derrière vous, qu’il vous a guetté tout le temps; que lorsqu’il vous a vu sortir, il a couru à l’angle du mur et s’est caché.

—Vous avez donc vu tout cela, vous?

—Rappelez-vous mes paroles: «Si tu rentres chez toi sain et sauf, je croirai que Dieu t’a pardonné, et je te pardonnerai aussi.»

—Et vous ne m’avez pas averti? s’écria Caderousse en essayant de se soulever sur son coude; vous saviez que j’allais être tué en sortant d’ici, et vous ne m’avez pas averti!

—Non, car dans la main de Benedetto je voyais la justice de Dieu, et j’aurais cru commettre un sacrilège en m’opposant aux intentions de la Providence.

—La justice de Dieu! ne m’en parlez pas, monsieur l’abbé: s’il y avait une justice de Dieu, vous savez mieux que personne qu’il y a des gens qui seraient punis et qui ne le sont pas.

—Patience, dit l’abbé d’un ton qui fit frémir le moribond, patience!»

Caderousse le regarda avec étonnement.