Il y avait dans cette parole du comte une vibration magnétique dont les sens épuisés du misérable furent ravivés une dernière fois.

«Oh! en effet, dit-il, il me semble que je vous ai vu, que je vous ai connu autrefois.

—Oui, Caderousse, oui, tu m’as vu, oui, tu m’as connu.

—Mais qui donc êtes-vous, alors? et pourquoi, si vous m’avez vu, si vous m’avez connu, pourquoi me laissez-vous mourir?

—Parce que rien ne peut te sauver, Caderousse, parce que tes blessures sont mortelles. Si tu avais pu être sauvé, j’aurais vu là une dernière miséricorde du Seigneur, et j’eusse encore, je te le jure par la tombe de mon père, essayé de te rendre à la vie et au repentir.

—Par la tombe de ton père! dit Caderousse, ranimé par une suprême étincelle et se soulevant pour voir de plus près l’homme qui venait de lui faire ce serment sacré à tous les hommes: Eh! qui es-tu donc?»

Le comte n’avait pas cessé de suivre le progrès de l’agonie. Il comprit que cet élan de vie était le dernier; il s’approcha du moribond, et le couvrant d’un regard calme et triste à la fois:

«Je suis... lui dit-il à l’oreille, je suis....»

Et ses lèvres, à peine ouvertes, donnèrent passage à un nom prononcé si bas, que le comte semblait craindre de l’entendre lui-même.

Caderousse, qui s’était soulevé sur ses genoux, étendit les bras, fit un effort pour se reculer, puis joignant les mains et les levant avec un suprême effort: