Alexandre Dumas
LE VICOMTE DE BRAGELONNE
TOME I
(1848 — 1850)
Table des matières
[Chapitre I — La lettre]
[Chapitre II — Le messager]
[Chapitre III — L’entrevue]
[Chapitre IV — Le père et le fils]
[Chapitre V — Où il sera parlé de Cropoli, de Cropole et d’un grand peintre inconnu]
[Chapitre VI — L’inconnu]
[Chapitre VII — Parry]
[Chapitre VIII — Ce qu’était Sa Majesté Louis XIV à l’âge de vingt-deux ans]
[Chapitre IX — Où l’inconnu de l’hôtellerie des Médicis perd son incognito]
[Chapitre X — L’arithmétique de M. de Mazarin]
[Chapitre XI — La politique de M. de Mazarin]
[Chapitre XII — Le roi et le lieutenant]
[Chapitre XIII — Marie de Mancini]
[Chapitre XIV — Où le roi et le lieutenant font chacun preuve de mémoire]
[Chapitre XV — Le proscrit]
[Chapitre XVI — Remember!]
[Chapitre XVII — Où l’on cherche Aramis, et où l’on ne retrouve que Bazin]
[Chapitre XVIII — Où d’Artagnan cherche Porthos et ne trouve que Mousqueton]
[Chapitre XIX — Ce que d’Artagnan venait faire à Paris]
[Chapitre XX — De la société qui se forme rue des Lombards à l’enseigne du Pilon-d’Or, pour exploiter l’idée de M. d’Artagnan]
[Chapitre XXI — Où d’Artagnan se prépare à voyager pour la maison Planchet et Compagnie]
[Chapitre XXII — D’Artagnan voyage pour la maison Planchet et Compagnie]
[Chapitre XXIII — Où l’auteur est forcé, bien malgré lui, de faire un peu d’histoire]
[Chapitre XXIV — Le trésor]
[Chapitre XXV — Le marais]
[Chapitre XXVI — Le cœur et l’esprit]
[Chapitre XXVII — Le lendemain]
[Chapitre XXVIII — La marchandise de contrebande]
[Chapitre XXIX — Où d’Artagnan commence à craindre d’avoir placé son argent et celui de Planchet à fonds perdu]
[Chapitre XXX — Les actions de la société Planchet et Compagnie remontent au pair]
[Chapitre XXXI — Monck se dessine]
[Chapitre XXXII — Comment Athos et d’Artagnan se retrouvent encore une fois à l’hôtellerie de la Corne du Cerf]
[Chapitre XXXIII — L’audience]
[Chapitre XXXIV — De l’embarras des richesses]
[Chapitre XXXV — Sur le canal]
[Chapitre XXXVI — Comment d’Artagnan tira, comme eût fait une fée, une maison de plaisance d’une boîte de sapin]
[Chapitre XXXVII — Comment d’Artagnan régla le passif de la société avant d’établir son actif]
[Chapitre XXXVIII — Où l’on voit que l’épicier français s’était déjà réhabilité au XVIIème siècle]
[Chapitre XXXIX — Le jeu de M. de Mazarin]
[Chapitre XL — Affaire d’État]
[Chapitre XLI — Le récit]
[Chapitre XLII — Où M. de Mazarin se fait prodigue]
[Chapitre XLIII — Guénaud]
[Chapitre XLIV — Colbert]
[Chapitre XLV — Confession d’un homme de bien]
[Chapitre XLVI — La donation]
[Chapitre XLVII — Comment Anne d’Autriche donna un conseil à Louis XIV, et comment M. Fouquet lui en donna un autre]
[Chapitre XLVIII — Agonie]
[Chapitre XLIX — La première apparition de Colbert]
[Chapitre L — Le premier jour de la royauté de Louis XIV]
[Chapitre LI — Une passion]
[Chapitre LII — La leçon de M. d’Artagnan]
[Chapitre LIII — Le roi]
[Chapitre LIV — Les maisons de M. Fouquet]
[Chapitre LV — L’abbé Fouquet]
[Chapitre LVI — Le vin de M. de La Fontaine]
[Chapitre LVII — La galerie de Saint-Mandé]
[Chapitre LVIII — Les épicuriens]
[Chapitre LIX — Un quart d’heure de retard]
[Chapitre LX — Plan de bataille]
[Chapitre LXI — Le cabaret de l’Image-de-Notre-Dame]
[Chapitre LXII — Vive Colbert!]
[Chapitre LXIII — Comment le diamant de M. d’Eymeris passa entre les mains de d’Artagnan]
[Chapitre LXIV — De la différence notable que d’Artagnan trouva entre M. l’intendant et Mgr le surintendant]
[Chapitre LXV — Philosophie du cœur et de l’esprit]
[Chapitre LXVI — Voyage]
[Chapitre LXVII — Comment d’Artagnan fit connaissance d’un poète qui s’était fait imprimeur pour que ses vers fussent imprimés]
[Chapitre LXVIII — D’Artagnan continue ses investigations]
[Chapitre LXIX — Où le lecteur sera sans doute aussi étonné que le fut d’Artagnan de retrouver une ancienne connaissance]
[Chapitre LXX — Où les idées de d’Artagnan, d’abord fort troublées, commencent à s’éclaircir un peu]
[Chapitre LXXI — Une procession à Vannes]
Chapitre I — La lettre
Vers le milieu du mois de mai de l’année 1660, à neuf heures du matin, lorsque le soleil déjà chaud séchait la rosée sur les ravenelles du château de Blois, une petite cavalcade, composée de trois hommes et de deux pages, rentra par le pont de la ville sans produire d’autre effet sur les promeneurs du quai qu’un premier mouvement de la main à la tête pour saluer, et un second mouvement de la langue pour exprimer cette idée dans le plus pur français qui se parle en France:
— Voici Monsieur qui revient de la chasse.
Et ce fut tout.
Cependant, tandis que les chevaux gravissaient la pente raide qui de la rivière conduit au château, plusieurs courtauds de boutique s’approchèrent du dernier cheval, qui portait, pendus à l’arçon de la selle, divers oiseaux attachés par le bec.
À cette vue, les curieux manifestèrent avec une franchise toute rustique leur dédain pour une aussi maigre capture, et après une dissertation qu’ils firent entre eux sur le désavantage de la chasse au vol, ils revinrent à leurs occupations. Seulement un des curieux, gros garçon joufflu et de joyeuse humeur, ayant demandé pourquoi Monsieur, qui pouvait tant s’amuser, grâce à ses gros revenus, se contentait d’un si piteux divertissement:
— Ne sais-tu pas, lui fut-il répondu, que le principal divertissement de Monsieur est de s’ennuyer?