Bernouin prit le bras du messager de Louis, et tout en montant l’escalier:

— Confidentiellement, répliqua-t-il à demi-voix, Son Éminence s’attend au succès de l’affaire. Je sais bien que nous aurons la guerre avec l’Espagne; mais bah! la guerre satisfera la noblesse. M. le cardinal d’ailleurs dotera royalement, et même plus que royalement, sa nièce. Il y aura de l’argent, des fêtes et des coups; tout le monde sera content.

— Eh bien! à moi, répondit le gentilhomme en hochant la tête, il me semble que voici une lettre bien légère pour contenir tout cela.

— Ami, répondit Bernouin, je suis sûr de ce que je dis; M. d’Artagnan m’a tout conté.

— Bon! et qu’a-t-il dit? voyons!

— Je l’ai abordé pour lui demander des nouvelles de la part du cardinal, sans découvrir nos desseins, bien entendu, car M. d’Artagnan est un fin limier.

«— Mon cher monsieur Bernouin, a-t-il répondu, le roi est amoureux fou de Mlle de Mancini. Voilà tout ce que je puis vous dire.

«— Eh! lui ai-je demandé, est-ce donc à ce point que vous le croyez capable de passer outre aux desseins de Son Éminence?

«— Ah! ne m’interrogez pas; je crois le roi capable de tout. Il a une tête de fer, et ce qu’il veut, il le veut bien. S’il s’est chaussé dans la cervelle d’épouser Mlle de Mancini, il l’épousera.

«Et là-dessus il m’a quitté et est allé aux écuries, a pris un cheval, l’a sellé lui-même, a sauté dessus, et est parti comme si le diable l’emportait.